les 5 blessures

Blessures de l’âme : comment panser les plaies ?

Par Laurence Bouville

 (NB : cet article sert d’éclairage ou peut-être de première approche avec les blessures de l’âme. Je vous conseille vivement, si le sujet vous intéresse et que vous souhaitez avoir des détails plus complets, de compulser les ouvrages de Lise Bourbeau cités en fin d’article).

En se penchant sur les blessures de l’âme, il y a plus de 30 ans, la Québecquoise Lise Bourbeau a ouvert une brèche dans la compréhension de la souffrance. Au fil de ses recherches et de ses observations, elle est partie du postulat que cinq blessures seraient à l’origine de cette souffrance et empêcheraient d’être soi-même, donc, d’être heureux. Le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice, telles sont les cinq blessures qui ont fondé sa théorie. Comment les repérer et surtout, comment en « guérir » ?... Petit voyage au coeur de l’âme, là où tout commence...

 Qui ne s’est pas un jour « senti nul », « se plaint constamment et dramatise », « cherche toujours à avoir le dernier mot et à en imposer », « cherche la perfection  et se coupe de ses émotions », « éprouve facilement un sentiment de honte » ?

Ces réactions sont parfois incontrôlables et il n’y a finalement que le jour où l’on en prend conscience qu’elles nous invitent à nous interroger, nous demander « pourquoi on réagit comme ça », « pourquoi les situations se répètent... pourquoi on rencontre toujours le même type de personnes et ça fait mal... pourquoi on n’arrive à rien dans sa vie professionnelle... pourquoi sa vie amoureuse est un désert, qu’on rencontre toujours le même genre de personne et c’est à chaque fois un échec... pourquoi, alors qu’on ne veut que du bien aux autres, on est envoyé promener... pourquoi on nous laisse toujours tomber »...

l’exemple de X...

 Se pencher sur les blessures de l’âme demanderait dans un premier temps selon Lise Bourbeau de partir du postulat que l’âme se réincarne afin de venir sur Terre pour en finir avec ses blessures. En fonction de la blessure qu’elle choisit de panser (pour rappel : rejet, abandon, humiliation, trahison, injustice), l’âme va se choisir un environnement, des parents qui ont vécu eux aussi les mêmes blessures, un type de famille (nombreuse ou enfant unique), un genre (féminin ou masculin).

Tout ce qui entoure ainsi l’âme bien avant sa réincarnation lui servirait à vivre la blessure, puis à en prendre conscience pour s’en libérer.

Sans aller jusqu’à accepter ce postulat, l’essentiel reste semble-t-il, quand on est à la recherche du « mieux être », de garder l’esprit suffisamment ouvert pour pouvoir être à l’écoute de soi, de ce qui nous fait mal et nous empêche d’être heureux.

Prenons l’exemple de X qui aurait pour principale blessure, la blessure de rejet :

x s’est toujours senti rejeté. C’est bien simple, même avant sa naissance, c’était le cas : il était un enfant non désiré, est né garçon alors que ses parents auraient préféré une fille... Puis quand il a grandi, les situations de rejet se sont déroulées, les unes derrière les autres, comme un tapis : on l’empêchait d’être lui-même, soit en lui refusant de faire ce qu’il voulait vraiment au fond de lui, soit en ne pouvant accomplir une passion ou une action qu’il affectionnait particulièrement parce que les autres trouvaient ça « nul », soit en refusant tout simplement qu’il puisse avoir des pensées et des envies différentes, soit aussi parce que dès qu’il faisait quelque chose, ce n’était pas bien. « Depuis sa tendre enfance, les enfants qui souffrent de cette blessure ont eu de l’attention ou des compliments de leur parent du même sexe seulement s’ils agissent selon les normes de ce dernier »*

Bref, à force de vivre toutes ces situations de rejet, X a développé en lui l’idée qu’il était « nul », qu’il n’avait pas de place en ce monde ni le droit d’exister. Quand il grandit, X, qui n’a toujours pas conscience que cette situation de rejet le fait souffrir, va vivre des situations où il sera rejeté (exemples : des échecs à des examens : « forcément... comme il est nul...pense-t-il).  Il a aussi peur de ne pas être intéressant ou de déranger, il rencontre le plus souvent des personnes qui l’empêchent d’être lui-même : il se sent coupé et incompris des autres. Quand il décide de faire quelque chose, un métier ou un choix de vie qui lui convient, les autres le rejettent... Ainsi, au fil du temps, il hésite à prendre des décisions, il a peur de blesser, peur de se positionner. Il peut même se taire quand on l’attaque et se persuade qu’il est nul, ne vaut rien... il en vient à croire que « s’il ne fait pas de bruit, ne prend pas de place et reste toujours effacé, il sera aimé et ne sera pas rejeté »*.

Sa vie ne devient donc qu’une succession de rejets, une valse d’hésitations et de rencontres qui le poussent toujours plus à éprouver le rejet et à ne pas prendre la place qui lui revient : « sa » place.

S’il entreprend une thérapie où les blessures de l’âme sont prises en compte, et s’il parvient à comprendre finalement ce qui le fait réellement souffrir, alors X va entrer dans un autre processus pour sortir de cette spirale infernale qui l’empêche d’être lui-même : celui de l’acceptation.

L’acception : une nécessité

Tant qu’on n’a pas guéri ses blessures, on attire à soi toujours les mêmes situations professionnelles, les mêmes amours, les mêmes schémas familiaux, le même type de personnes. Bienheureuses soient-elles d’être placées sur notre route au fond car elles nous servent à mettre le doigt sur nos blessures...et à nous en libérer.

Et puis vient le jour (en espérant qu’il vienne) où on prend conscience de tout cela et on dit « stop, ça suffit. J’en ai marre maintenant, je veux changer de vie, je veux être heureux ». Vient alors une autre phase : celle de l’acceptation.

Selon Lise Bourbeau, l’acceptation est une notion fondamentale, qui montre qu’on en est arrivé au stade de la « guérison ».

Quand on comprend qu’on s’est attiré des parents, un conjoint, des « amis » ou encore des collègues de travail qui étaient sur notre chemin pour attiser nos blessures, on peut dérouler en arrière le fil de sa vie et sans doute comprendre que tout s’imbriquait parfaitement.

Dans l’acceptation, trois points importants :

1. il s’agit d’abord d’accepter que tout n’est pas réglé en soi, ce qui revient à être moins exigeant avec soi et les autres.

2. quand on touche une blessure, il s’agit ensuite de reconnaître qu’on a blessé l’un de nos parents ou les deux. Alors, on reprend contact avec l’enfant blessé qui vit en nous et on entre dans le pardon, car ils étaient ceux qu’il fallait, au moment où il fallait, là où il fallait...

3. accepter, ça ne veut pas dire être d’accord. C’est observer, reconnaître ce qui est, et dire que « c’est comme ça », se détacher de la situation, prendre du recul car toute activation de blessure active des émotions (colère, tristesse, sentiment d’être rejeté par exemple).

L’objectif n’est pas de ne plus vivre des blessures, car on n’est jamais à l’abri, mais de changer son regard. Quand je vois comment les situations me blessent, je vois comment je blesse l’autre quand j’active ses propres blessures.

On réagit en fonction de nos blessures

 Notre réaction à une situation, une réflexion, montre quelle blessure est activée.

Exemple : un ami nous fait faux bond pour un rendez-vous programmé.

Réactions selon les blessures :

- humiliation : qu’est-ce que j’ai fait de mal pour qu’il ne veuille pas passer de temps avec moi ?

- abandon : triste, effondré

- rejet : normal, je suis nul (le) !

 La guérison...

 Aller vers la guérison, c’est apprendre à se donner ce dont on a besoin.

Le pardon est très important. C’est le pardon de soi, et le pardon du parent qu’on a accusé d’avoir blessé notre enfant intérieur.

Le travail de guérison consiste, après avoir repéré la blessure, de l’accepter.

Quand la blessure est complètement guérie, on éprouve en général de la compassion pour l’autre, celui qui essaie de raviver notre blessure. On ne réagit plus comme avant, on n’éprouve plus les sentiments que la blessure générait avant... (quand on ne savait pas !).

Les 5 blessures et les masques qu’on porte pour se protéger

1. le rejet :

Elle apparaît entre la conception et l’âge de 10 mois. Le rejet est la blessure la plus souffrante car elle renvoie au « je suis », « je vis », j’existe, quelle est ma place ?

Sa plus grande peur est une peur panique. Beaucoup d’hésitations, peur de blesser, a du mal à se positionner. Se conforme à ce qu’on attend de lui.

Le masque adopté pour éviter de souffrir : fuyant.

2. abandon :

0-18 mois. Privés d’attention et de présence d’un des 2 parents et plutôt venant du parent de sexe opposé. Exemple : le père qui rentre tard ou qui a d’autres activités ; l’enfant ressent qu’il ne s’occupe pas de lui, donc se sent abandonné. Sa plus grande peur, c’est la solitude. Donc il vit très entouré, la TV en permanence, ou les réseaux, besoin d’une présence. A peur de manquer de soutien, de prendre des décisions. Quand la blessure est activée, dramatise pour avoir de l’attention. Tendance à pleurer, fusionnel en amour. S’attire des maladies pour qu’on s’occupe de lui. Masque : dépendant.

3. humiliation :

La blessure apparait entre 1 et 3 ans.A facilement honte, ne se sent pas digne, il a « bon dos ». peut se vivre avec les 2 parents. Quand la blessure est activée, se punit, salit (il a donc honte). Est au service des autres, connait ses besoins mais ne les satisfait pas car trop occupé par les autres. Masque : masochiste.

4. trahison :

Entre 2 et 4 ans. Pour lui, les autres se disent qu’on peut compter sur lui car il est quelqu’un de fort. Voix forte car il veut prendre toute la place. Sa façon de penser : fais-moi confiance. Aime avoir le dernier mot et être reconnu comme des personnes responsables. A vécu enfant le jeu de la séduction : « tu veux aller me chercher ça mon chéri stp ?... » Il apprend alors qu’il peut obtenir ce qu’il veut en étant meilleur, en séduisant. Sa peur : être contrôlé. N’aime pas les imprévus ni se désengager. Veut garder le contrôle de la situation, ajoute son grain de sel même quand il n’est pas concerné, ne supporte pas les gens lents, n’accepte pas les mensonges, mais lui peut mentir car il dit avoir une bonne raison de le faire. Masque : contrôlant.

5. injustice :

Entre 3-5 ans. Porte des vêtements serrés. Sa grande peur : se tromper. Se coupe des émotions pour ne pas souffrir. Très exigeant avec lui-même. Il cherche à être parfait pour qu’on ne puisse pas lui dire qu’il n’est pas à la hauteur. Blessé par parent du même sexe. Dit toujours « je dois être à la hauteur ». Quand la blessure est activée, n’écoute pas ses limites. « bête de travail », donne beaucoup d’énergie pour rendre son travail parfait, tient les défis qu’il se donne, se justifie énormément, coupe la parole pour préciser quelque chose. Veut être parfait dans ce qu’il dit, très sensible à la critique car il se dit alors qu’il n’est pas parfait. Collectionne les blessures, donc, il explose un jour. N’en finit pas de se contrôler mais un moment, il n’en peut plus. Masque : rigide.

Comment se construire ?

- rejet : il doit reconnaître sa propre valeur, qu’il existe et qu’il a sa place.

- abandon : doit reconnaître sa capacité à...

- humiliation : doit répondre à son besoin, écouter sa sensibilité, s’écouter lui-même.

- trahison : ne plus chercher à en imposer ni avoir le dernier mot.

- injustice : doit reconnaître sa sensibilité et être moins exigeant.  Ne pas chercher à être parfait.

 

* La guérison des 5 blessures, Lise Bourbeau, Editions ETC